1,57 mètre. C’est la taille de certains mannequins qui ont foulé des podiums, malgré les standards martelés par l’industrie. Sur le papier, on ferme la porte. Dans la réalité, quelques failles apparaissent, et des silhouettes inattendues s’imposent là où on les attendait le moins. Il suffit parfois d’un casting audacieux ou d’un directeur artistique prêt à bousculer les codes pour voir défiler un profil qui, hier encore, aurait été recalé d’office.
Si la majorité des agences internationales maintiennent des seuils stricts, 1,72 mètre pour les femmes, 1,83 mètre pour les hommes, ces critères ne sont pas immuables. Grâce à la montée de la mode alternative et à l’influence des réseaux sociaux, des contrats signés sous les 1,60 mètre émergent, notamment dans le secteur commercial et lors de certains shows indépendants. Ce n’est plus uniquement la longueur des jambes qui fait la carrière, mais une question de personnalité, d’engagement, et parfois, d’un buzz numérique inattendu.
Mannequinat et taille : où en est-on vraiment aujourd’hui ?
Sur les catwalks de Paris, Milan ou New York, la règle n’a pas bougé d’un iota : la taille reste le sésame pour percer dans le mannequinat de défilé. Les agences traditionnelles, obsédées par l’effet d’allure, sélectionnent des profils qui allongent la silhouette du vêtement autant que celle du rêve collectif. En dessous de 1,60 mètre, la sélection se fait encore plus rude : l’homogénéité prime, la norme prévaut. La taille devient alors plus qu’un simple chiffre, elle marque la frontière entre le possible et l’impossible.
Le conservatisme des grandes maisons pèse lourd, même si, ici et là, certains labels s’ouvrent à la diversité des morphologies. À Paris, la nostalgie des années 90 dicte encore le tempo ; Milan ne jure que par la ligne interminable ; New York, plus habile, fait de la place à quelques exceptions, mais la plupart du temps, il s’agit de mannequins déjà repérés par leur visibilité en ligne. Les chiffres sont clairs : Model Management, par exemple, affiche toujours 1,74 mètre comme seuil pour les femmes.
Cependant, la mode ne vit pas sous cloche. De jeunes marques, soucieuses de casser les codes, invitent des profils atypiques sur leurs podiums. En France, certains défilés indépendants osent la différence. Et sur Instagram ou TikTok, de nouveaux talents imposent leur style, attirant des collaborations qui contournent les critères classiques. Aujourd’hui, la frontière se brouille entre mannequin professionnel et influenceur, offrant une scène plus ouverte à celles et ceux que la norme avait mis de côté.
Quels critères physiques selon l’âge et le type de mannequinat ?
Une grille de sélection mouvante
Les règles du jeu ne sont pas les mêmes partout. Si le mannequinat de défilé continue de privilégier la taille, le secteur commercial élargit sa palette. Publicités, e-commerce, beauté : ces domaines recrutent sur des critères plus souples, mettant souvent l’accent sur la fraîcheur du visage, la qualité du sourire, l’attitude ou le charisme. Les agences demandent tout de même des mensurations précises, mais quelques centimètres de moins ne condamnent pas une candidature si la personne présente une harmonie incontestable ou une énergie singulière. La santé reste un prérequis : certificat médical, indice de masse corporelle équilibré, pas de trouble alimentaire à l’horizon.
Voici les grandes tendances selon les segments du métier :
- Pour le défilé, la priorité reste la silhouette longiligne et une taille élevée, avec un créneau d’âge généralement compris entre 16 et 25 ans.
- Le secteur commercial se montre plus ouvert, accordant de l’importance à la qualité de la peau, au sourire, à la capacité d’incarner un univers particulier.
- Côté masculin, la règle des chiffres s’assouplit légèrement, mais la logique de sélection demeure proche de celle des femmes.
Âge, tatouages et singularité
Le recrutement peut débuter très jeune, parfois dès 14 ans, avec l’accord des parents. Mais les agences s’intéressent aussi aux profils seniors, selon les besoins des campagnes. Quant aux tatouages et piercings, ils divisent : certains directeurs de casting les recherchent, d’autres les écartent. Les mentalités évoluent, mais chaque segment adapte ses propres exigences. Le secteur commercial, notamment dans la beauté, valorise la personnalité, l’allure, l’énergie, plus que l’alignement parfait sur une grille de mensurations.
La cohérence entre le profil du mannequin et l’univers de la marque pèse plus que jamais dans la balance.
Débuter jeune dans le mannequinat : parcours, astuces et conseils pour se lancer
Premier pas, premières sélections
Les premiers pas dans le métier se font souvent tôt. À Paris, à Lyon, ou plus loin, les castings et candidatures spontanées rythment la vie des aspirants mannequins. Les agences recherchent des personnalités authentiques, capables de donner vie à une campagne publicitaire ou de marquer un shooting dès l’adolescence. Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont des vitrines implacables : Instagram, TikTok… chaque post peut devenir un tremplin. Les agences ne scrutent plus uniquement les mensurations, mais aussi la capacité à affirmer un style, à capter l’attention d’un public.
Construire son dossier, cultiver sa présence
Pour avancer, il faut préparer un dossier solide. Un book professionnel, même réduit à quelques images naturelles, constitue une carte d’identité visuelle. Misez sur la lumière du jour, les portraits sans excès, l’absence de filtres tape-à-l’œil. Une lettre d’accompagnement concise et sincère permet de présenter sa personnalité, ses motivations, son expérience. Les agences apprécient la régularité : pensez à mettre à jour vos profils, à signaler chaque évolution de style, à rester facilement joignable.
Quelques conseils concrets pour optimiser ses chances :
- Travaillez votre posture et votre démarche, inspirez-vous des défilés internationaux pour affiner votre présence.
- Renseignez-vous sur les critères propres à chaque segment : commercial, beauté, défilé, campagnes digitales.
- Respectez l’aspect légal : autorisation parentale pour les mineurs, lecture attentive et compréhension des contrats proposés.
L’entourage professionnel compte autant que le talent. Rencontrer photographes, stylistes, anciens mannequins, c’est élargir son horizon et multiplier les opportunités. Les marques cherchent de la nouveauté, de l’audace. Même sous 1,60 mètre, il est possible de se faire une place, à condition d’avoir ce supplément d’âme qui transforme une différence en force.
Nouvelles tendances, opportunités et défis pour les profils atypiques
Petit à petit, la diversité gagne du terrain sur les podiums et dans les campagnes. Les agences, parfois à reculons, ajustent leurs critères. À Paris, Milan, New York, des mannequins aux parcours singuliers, aux tailles non conventionnelles, percent sur la scène médiatique. Tatouages, piercings, morphologies hors codes… Les castings sauvages sur Instagram ou les campagnes plus inclusives viennent bousculer la routine des standards traditionnels.
Les marques, elles, cherchent à toucher un public plus large, à raconter des histoires vraies. L’inclusion et l’authenticité deviennent les nouveaux mots d’ordre. Les mannequins dits “curve” ou “plus size” sont désormais visibles là où ils étaient absents. Certaines agences à Londres ou à Paris se spécialisent dans la diversité physique : la taille, la couleur de peau, la morphologie deviennent des atouts. Les réseaux sociaux accélèrent tout : des carrières se créent, les barrières tombent, le parcours s’invente.
Défis persistants
Pourtant, la réalité n’est pas toujours à la hauteur de l’affichage. Les défilés restent largement dominés par une élite longiligne. Décrocher une place sous les projecteurs de la fashion week quand on mesure moins d’1,60 mètre tient de la prouesse. Les profils atypiques s’imposent plus facilement dans les campagnes digitales, les éditoriaux de magazines ou les collaborations créatives. La question de la légitimité professionnelle reste vive : il faut se battre pour être accepté, s’imposer sur la durée, défendre son image. Faire de l’exception une nouvelle règle, c’est le défi quotidien de celles et ceux qui veulent voir la mode refléter, enfin, toutes les réalités.


